Religion et violence et (non) violence ?

Table ronde EPFL – 5 novembre 2016

Question de départ : Religion et violence et  (non) violence ?

C’est un tant que médiatrice et selon ma vision de cette posture qui est celle d’une chercheuse de paix, que je me suis penchée sur cette question.

Pour moi, une médiatrice est une personne au service d’un groupe et d’un nombre de personnes qui vivent un conflit ou qui ont des difficultés de communication, relationnelles.

Elle permet dans le meilleur des cas le rétablissement de la relation ou tout au moins les conditions nécessaires à un minimum de confiance réciproque pour re-faire le lien dans un cadre précis et soumis à l’accord des parties en présence.

Cela me permet de faire la jonction entre le mot religion – relier ; créer du lien.

Mon regard est celui d’une personne qui vit dans un contexte de paix et cela colore donc mon propos. Cela me semble plus aisé de parler de non-violence et de paix quand je vis dans un contexte paisible même si la violence et les injustices sont à notre porte.

La définition du mot religion n’est de loin pas unanime et laisse planer de nombreuses interprétations.

Voici ce que dit Wikipédia : « Une religion se conçoit le plus souvent comme un système de pratiques et de croyance pour un groupe ou une communauté, mais il n’y a pas de définition qui soit reconnue comme valable pour tout ce que l’usage permet aujourd’hui d’appeler religion »

Ceci dit peut-on répondre par l’affirmative à votre équation de départ ?

Pour moi, la religion ou toutes formes de croyance qui enferme, qui stigmatise, qui utilise provoque de la violence. Voici la définition que je donne à la violence :

Violence : tout geste, toute attitude, toute parole, tout silence etc. par lesquels un sujet vise à faire faire par un autre sujet quelque chose qu’il n’aurait pas fait spontanément.

La violence fait éclater le territoire de l’autre et le sien propre, elle envahit et rend confuses les limites. C’est une force de destruction de soi et de l’autre.

Si je reste quelques instants sur cette dernière phrase, à savoir que la violence est une force de destruction de soi et de l’autre, alors oui quand un système de pratique et de croyance vise à détruire, il est certain que ce système ou cette religion, provoque et induit de la violence.

Tout ce qui ne va pas vers la vie mais au contraire vers la mort est violence.

Par contre, si on admet que la religion est une manière d’envisager la relation entre les hommes et le divin (un ou plusieurs), une façon aussi de concevoir le monde et de répondre aux grandes questions existentielles, la violence n’y a pas sa place, car la violence c’est l’utilisation de la force pour contraindre, dominer, causer des dommages ou la mort. Si l’on agit sous la contrainte, il n’y a pas de relation telle que je la conçois, c’est-à-dire une liberté de part et d’autre, le choix d’entrer ou pas dans cette relation.

La relation est habituellement perçue comme une communication entre deux ou plusieurs personnes ou également avec Dieu ou quel que soit le nom que l’on lui donne. La relation crée la vie et si elle est nourrie, elle construit la confiance et l’estime réciproques. Dans cette définition, la réponse est Non.

Pour rejoindre la 3e possibilité du « peut-être », quand la relation ne peut plus se vivre, ne peut plus se faire pour des raisons très diverses, et qu’il est nécessaire de continuer le « vivre ensemble », il est possible de faire appel à une tierce personne pour se faire aider.

Le conflit, trop souvent perçu et vécu comme destructeur, peut être un formidable outil de transformation relationnelle et sociale. Nos capacités à créer du lien, à s’engager dans des solidarités fortes par-delà les clans familiaux, sociaux ou religieux peuvent nous sortir de cette peur.

En tant de médiatrice, quand j’écoute des parties en conflits, j’entends la plupart du temps une grande souffrance de part et d’autre, car justement, et in fine, la relation n’est plus possible. Quand le religieux s’en mêle et qu’au nom du même Dieu ou au nom des mêmes croyances on se déchire, comment faire pour se réconcilier ?

Médiatrice au sein de l’Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV), je suis confrontée à certains ministres ou bénévoles pour qui le conflit, la violence ne peut pas être.

Il s’agit alors, et je fais court, d’entendre, dans un cadre sécurisant, les souffrances de part et d’autre et de s’écouter sans jugement.

Il est juste, à mon avis de dire qu’une attitude de non-jugement permet le rétablissement du lien et offre un espace à l’autre pour être ce qui est pleinement. Dans ce sens, chacun est dans une posture de non-violence et de respect mutuel.

Au vu de mes expériences en médiation, que ce soit dans la médiation de voisinage ou au sein de l’EERV, ce « peut-être » peut être envisagé.

Ce qui fonde cette position aussi, c’est la rencontre avec les caractéristiques humaines que j’ai en face de moi.

Les valeurs des uns et des autres, leurs motivations à œuvrer pour la paix ou pour la réconciliation ou au contraire pour « gagner » et affirmer SA vérité font que les chemins de violence ou de non-violence seront empruntés. Il s’agit là également de mentionner les blessures qui nous façonnent et nous maltraitent tout à la fois. Elles font pleinement partie de nous et selon leurs degrés de guérison orientent nos actions.

Parfois la relation peut se « re-tisser » et évoluer vers un vivre ensemble, parfois pas.

En définitive,  les institutions religieuses possèdent aussi bien un potentiel de paix que de guerre. Elles peuvent jouer le rôle de pacificateurs, et peuvent aussi être utilisées pour justifier la guerre.

Le facteur humain est déterminant pour pencher d’un côté comme de l’autre et cela montre bien la difficulté de votre équation de départ.

Marie-Claude Ischer, médiatrice – formatrice d’adultes

Lausanne, le 30 octobre 2016

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